La sœur de Jésus-Christ
- gherbin
- 4 févr.
- 4 min de lecture
De la scène au texte

« Sous les yeux de son frère, surnommé Jésus-Christ, Maria s’empare du pistolet Smith & Wesson 9 mm dans le buffet de la cuisine. Elle quitte la maison, l’arme à la main. Elle marche en direction du village, déterminée. Elle ne répond à rien, ne prête aucune attention à son frère, ni à tous ceux qui veulent l’arrêter. Elle va droit vers la maison d’Angelo le Couillon. »
La semaine du 5 janvier 2026, pour bien commencer l’année, les élèves de 5e GT-TT et 5e TQ ont eu l’occasion d’assister à une représentation théâtrale : La sœur de Jésus-Christ d’Oscar de Summa, mise en scène par Georges Lini. Ils ont suivi Maria, armée et déterminée, lors de sa longue marche jusqu’à Angelo. Les élèves ont été impressionnés par la performance de l’acteur Félix Vannoorenberghe et par le talent de la musicienne Florence Sauveur.
La pièce se terminant sur une fin ouverte, nous nous sommes amusés, en classe, à imaginer la suite. Yelina, élève de 5GT3, nous partage sa version…
(La lumière est braquée sur Maria).
Elle l’a fait.
Il est mort.
Angelo est mort. Maria l'a tué. Elle s’est vengée. Enfin. L’odeur du sang emplit l’air présent entre les quatre murs de la maison. Le corps de l’homme qui a détruit sa vie est là, encore chaud mais sans vie. Maria le regarde, son regard est vide, dépourvu d’émotions.
Elle entend des bruits de pas. Quelqu'un approche. Elle sent une main sur son épaule. Elle tourne la tête et voit la mère d’Angelo. Elle regarde le corps inerte de son fils puis se tourne vers Maria, les yeux emplit de tristesse et de compréhension, et déclare:
“Tu l’as fait.” (sa voix est calme comparée au tumulte présent dans son esprit).
“Je…” (elle chuchote, encore sous le choc de son action).
La réalisation se lit sur le visage de Maria. Cette prise de conscience lui fait lâcher l’arme (un pistolet Smith & Wesson 9mm). Elle touche le sol dans un bruit sourd. Les bruits extérieurs lui paraissent lointains, les discussions se meurent en murmures. La main sur son épaule se resserre, la ramenant à la réalité. Elle regarde la femme derrière elle, cette femme qui a décidé de la soutenir même en sachant ce qu’il adviendrait de son fils. Cette femme qui avait décidé d’être femme avant d’être mère.
“Nous devrions sortir, il faut qu’ils sortent le cadavre et…” (sa voix s’éteint, incapable de terminer sa phrase).
Elle n'a pas besoin de terminer sa phrase pour que Maria comprenne. Le village l’a certes suivie et soutenue, mais un meurtre reste un meurtre. Elle doit être jugée. Elle avait tué quelqu’un. Elle expire doucement avant de relever la tête et de faire demi-tour. Elle croise le regard de la mère du défunt avant d’avancer vers la porte d’entrée, prête à affronter les conséquences de son acte. Elle inspire un grand coup avant de pousser la porte. Le soleil lui pique les yeux (Combien de temps suis-je resté à l'intérieur ?), l’air frais lui emplit les narines et fait voler ses cheveux. Elle voit toutes les personnes qui l'ont suivi et leur fait enfin face. Elle voit le chef des chasseurs, les ouvriers sur leurs motos, ces garçons en culottes courtes et chaussures à petits talons. Enfin, elle leur faisait face. Ils ont entendu le coup de feu, elle le sait. Elle voit le questionnement sur leurs visages alors, sans qu’ils n’aient besoin de demander, elle leur répond :
“Il est mort.” (sa voix est plate).
Et là, tout s'enchaîne. Des ambulanciers entrent dans la maison pour inspecter le corps et l’emmener. Les gendarmes s'approchent à toute vitesse et lui mettent les menottes. Elle ne se débat pas, elle s’y attendait. Les gendarmes l'emmènent dans leur voiture et lui disent ses droits. Ils l'emmènent au poste et la mettent en garde à vue.
Deux mois plus tard
Les policiers arrivent à la cellule de Maria. Elle se lève et attend. Ils ouvrent la cellule dans un bruit métallique familier. Cette cellule s’ouvre tous les jours de la même façon depuis 2 mois pour la faire sortir, manger, se doucher... Mais cette fois, c’est différent. Aujourd'hui est peut être son dernier jour ici.
Aujourd’hui, c’est le jour du jugement.
Le trajet jusqu’au tribunal de la ville voisine se fait dans un silence pesant. Le procès est un procès public, tout le monde peut y assister. Elle a discuté avec son avocat, elle sait comment ça va se passer, elle sait quoi dire et quoi faire mais elle a peur. Peur de ce qu’il vont dire, peur d’être jugée. La voiture ralentit jusqu'à s'arrêter, elle sort de la voiture, inspire une grande bouffée d’air, monte les marches et entre dans le tribunal. La dernière chose que l’on entend dans la ville est le bruit des portes qui claquent derrière elle.
“Une guerre est juste quand elle est nécessaire.”- Nicholas Machiavel
Texte de Yelina Verly, 5GT3




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